Tête-à-tête avec Laurence Lascari, réalisatrice du film L’ascension

«J’ai voulu inscrire dans l’ADN de la société mes engagements en faveur d’une meilleure représentation de la France cosmopolite d’aujourd’hui»

Qui est Laurence Lascary ?

Je suis une jeune productrice, originaire de Bobigny. J’ai créé la société De l’autre côté du périph’ (DACP) en 2008. Depuis le lancement de DACP, j’ai produit une trentaine de court-métrages, 3 documentaires et un long-métrage.

Comment en êtes-vous venue à créer votre propre société de production ?

J’ai fait coïncider mon désir d’entreprendre avec ma passion pour le cinéma. Plus jeune, je ne connaissais pas bien tous les métiers du cinéma et de l’audiovisuel. Je me suis dirigée vers des études de marketing et de gestion. Et quand j’avais en quelque sorte rempli mon contrat moral vis-à-vis de mes parents, je me suis autorisée à prendre des risques et à aller vers la carrière qui m’attirait. C’est comme ça que j’ai terminé mes études avec un Master II spécialisé dans l’audiovisuel. Ensuite j’ai fait des stages puis décroché mon premier job chez StudioCanal. Je suis également passée par New York où je travaillais pour Unifrance. C’est à New York que j’ai eu le déclic, je n’allais pas attendre 10 ans pour créer ma société. Et je suis rentrée chez moi à Bobigny pour travailler sur mon projet.

Votre société de production DACP a reçu de nombreux prix, qu’est-ce que cela vous a apporté ?

Effectivement, j’ai reçu plusieurs prix liés à mon projet entrepreneurial ou mes engagements. Cela m’a apporté de la visibilité car ces prix sont souvent accompagnés d’une couverture médiatique. Cela m’a aussi donné de la crédibilité vis-à-vis de certains interlocuteurs (banques, partenaires potentiels…). Un prix, c’est aussi une dotation financière, et cela tombe à point nommé quand on est en développement de projets et que cela demande beaucoup d’investissements. Une mention particulière pour le Grand Prix Créatrice d’avenir que j’ai reçu en 2015 alors que j’avançais en toute discrétion sur mon long métrage. J’ai vraiment reçu cette distinction comme une marque de confiance envers moi et l’avenir de DACP.

Pourquoi avoir mis la « diversité » au cœur de vos choix de production?

C’était une évidence. J’ai voulu inscrire dans l’ADN de la société mes engagements en faveur d’une meilleure représentation de la France cosmopolite d’aujourd’hui. Avec DACP, je souhaite aussi banaliser les différences en proposant des histoires qui mettent en avant des personnes issues de « minorités » dans des rôles universels, non stéréotypés. La diversité est présente dans toutes mes productions sans en être le sujet.

Pouvez-vous nous parler du film « L’ascension » avec Ahmed sylla ?

C’est un film adapté du récit autobiographique « Un Tocard du Monde » de Nadir Dendoune. Dans le film on suit le périple de Samy (Ahmed Sylla), qui décide d’aller gravir l’Everest pour prouver son amour à Nadia (Alice Bélaïdi), le hic c’est qu’il n’y connait rien en alpinisme, donc il va rapidement devoir quitter son rôle d’imposteur et se dépasser s’il veut atteindre son objectif.

Comment s’est passé le tournage au Népal ?

Très bien. L’équipe s’est bien adaptée sur place et nous avons travaillé avec un producteur exécutif népalais qui nous a beaucoup aidé. L’équipe a réellement fait le trek jusqu’au camp de base à 5364m. Un sacré défi car quasiment aucun d’entre eux n’était alpiniste. Le film a également mobilisé une vingtaine de Sherpas et une centaine de porteurs. Nous avions également des yacks pour porter le matériel.

Quels ont été les plus gros challenges pour produire ce film ?

Le plus gros challenge a été de garder confiance pendant les cinq années de développement qui se sont écoulées avant que le tournage ne démarre. Il fallait que je reste sereine même quand des portes se refermaient. Le budget du film se classe dans la moyenne du cinéma français, mais arriver avec un projet d’une telle ampleur alors qu’on n’a pas d’historique, ce n’est pas évident. Il fallait tenir financièrement aussi et payer les droits d’adaptation à la maison d’édition, alors que je n’avais pas encore trouvé les partenaires financiers pour m’accompagner dans cette aventure. Mais j’étais déterminée à aller au bout de ce projet et j’ai été soutenue par des personnes bienveillantes de mon entourage. J’ai finalement pu avoir la confiance d’un distributeur important et cela a facilité le reste.

Avez-vous rencontré des difficultés ?

Nous avons tourné à Chamonix les scènes de haute montagne. C’était en mai et nous avions peur de ne pas avoir suffisamment de neige. Finalement non seulement il y a eu de la neige mais aussi des tempêtes qui nous ont contraint de décaler le tournage. Une partie de l’équipe s’est même perdue pendant plusieurs heures au milieu d’une tempête de neige.

Quels sont vos autres projets en cours ?

Je développe le prochain long-métrage qui s’appelle « Sound System » (de Sébastien Tulard) qui nous emmènera dans un univers rural et reggae ! Je travaille aussi sur une collection de court-métrages que nous tournons dans différentes cités de France, avec des talents émergents à la réalisation et les habitants des quartiers qui se prêtent au jeu d’acteur.

Synopsis : «Pour toi, je pourrais gravir l’Everest!» Samy aurait mieux fait de se taire ce jour-là… D’autant que Nadia ne croit pas beaucoup à ses belles paroles. Et pourtant… Par amour pour elle, Samy quitte sa cité HLM et part gravir les mythiques 8848 mètres qui font de l’Everest le Toit du monde. Un départ qui fait vibrer ses copains, puis tout le 9-3 et c’est bientôt la France entière qui suit avec émotion les exploits de ce jeune mec ordinaire mais amoureux. À la clé, un message d’espoir : à chacun d’inventer son avenir, puisque tout est possible.

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