Hairstyle : optimiser son masque capillaire

Même si nombreuses sont les naturelles qui, par manque de temps, se permettent parfois de sauter l’étape masque, il n’empêche que lorsque nos cheveux ont un coup de mou, il n’y a rien de mieux que la pose d’un masque pour leur redonner un coup de fouet. Hydratant ou protéiné, il faut toujours penser à adapter son masque aux besoins de ses cheveux. Mes cheveux sont très secs et limite cassants, je privilégie donc une formule hydratante. Mes cheveux lorsque je les étire ont du mal à revenir à leur place: je privilégie plutôt les protéines.

Par Mymou

Porosité et cheveux

Une notion essentielle à prendre en compte lors de la pause de son masque est cette notion de porosité. Oui, si certaines ont déjà eu l’impression que quelque soit le masque ou le soin profond qu’elles réalisaient, leurs cheveux restaient tout autant secs, c’est bien parce que généralement on oublie de la prendre en compte cette dite porosité (je pars du principe que vous avez vérifié la composition de vos produits et que vous vous êtes assurées qu’ils étaient clean).
Alors on attrape un verre d’eau a température ambiante et on mesure sa porosité.

– Mon cheveu tombe au fond du verre: forte porosité.
– Mon cheveu reste à peu près au milieu: porosité normale.
– Mon cheveu ne dépasse pas le haut du verre: faible porosité.

Les personnes à forte porosité et celles à porosité normale sont plus avantagées que les personnes avec une faible porosité. En effet, pour elles, le soin profond ou le masque n’a aucun souci à pénétrer dans la fibre capillaire et venir donc apporter ses bienfaits.

Des soins adaptés

Les personnes à faible porosité par contre devront ajouter une étape supplémentaire à leur routine de soin: l’apport de chaleur. En effet la chaleur va venir ouvrir les écailles du cheveu et lui permettre ainsi de mieux profiter de leur masque. Il faut donc poser son masque et le laisser poser sous une charlotte en élastique au moins trente minutes afin de laisser la chaleur du corps agir, ou mieux encore investir dans un casque à vapeur. J’ai un faible particulier pour le Huetiful Steamer qui permet d’optimiser son soin. En quinze minutes seulement sous le casque c’est fait.

Une fois le masque rincé et le surplus de produit enlevé, les données s’inversent ! Le challenge pour les personnes à forte porosité va être de fermer au maximum les écailles de leur cheveux afin de maintenir le maximum de soin dans la fibre capillaire. Parce que, oui si le cheveu absorbe tout, il rejette également tout aussi rapidement les soins qui leur ont été apportés. Privilegiez donc des rinçages au vinaigre de cidre.

Pour cela : dans une bouteille d’un litre d’eau, mettez deux volumes d’eau et un volume de vinaigre de cidre. A la fin de votre soin rincez vos cheveux avec ce mélange. Ne vous inquiétez pas pour l’odeur de vinaigre, elle ne reste pas dans les cheveux et s’évapore relativement vite. Préférez également des gammes de produits telles que la Keracare Natural Textures qui, sur chacun de ses produits, vous indique Le PH du produit. Ceci permet aux soins de mieux pénétrer la fibre capillaire.

Pour vos recettes de masques, sachez que vous pouvez en trouver des tout fait dans le commerce, celui de Miel Organics Le «Babassu Oil Mint deep conditionner» est actuellement mon préféré il a ce côté frais qui vient réveiller un peu le cuir chevelu et permettre de lutter contre les démangeaisons.

En terme de masque protéiné, de nombreuses recettes existent sur internet mais mon préféré reste Le hair mayonnaise de organic roots stimulator. Petite astuce sachez que vous pouvez aussi acheter des protéines de riz ou de germe de blé chez Aromazone par exemple et rajouter ces dernières a un masque vous aurez préparé vous même, ou a un masque du commerce afin d’avoir votre apport protéique.

La règle générale étant d’alterner les masques : si vous faites un masque ou soin profond toutes les deux semaines, une fois sur deux, alternez entre un masque hydratant ou un proteiné. Vous avez peur de vous tromper ? Tenez un carnet de bord qui est essentiel sur ce que vous faites de vos cheveux. Les utilisatrices Android vont être heureuses, l’application Appfrolution est disponible en gratuité sur PlayStore. C’est un carnet qui vous permet de noter tout ce que vous faites à / dans vos cheveux et ainsi garder des traces.

Voilà les filles j’espère que ce petit article vous aidera à optimiser vos masques capillaires afin d’en tirer le meilleur. Rendez vous au prochain numéro !

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Diane Audrey Ngako : changing the African Narrative

Accompagnée, de ma génération, soutenue par les anciens, j’aimerais créer le rêve africain.

Diane Audrey, qui es tu ? Parles nous de toi, de ton parcours…

Je suis une femme africaine d’origine camerounaise et de nationalité française. Je viens d’avoir 25 ans et à cette occasion, j’ai choisi d’aller m’installer en Afrique, notamment au Cameroun pour monter mon agence de communication Omenkart et développer le business model de Visiterlafrique.com.
Niveau parcours, scolairement j’ai obtenu un bac STG suivi 5 années plus tard, d’un master II en communication stratégique. J’ai eu à faire des stages dans les 4 coins du monde dont un qui m’a mené à la Banque Mondiale à Washington DC. Professionnellement, j’ai accompagné différents entrepreneurs à développer leurs projets comme Michael Kamdem de Roots Magazine, j’ai été sa rédactrice en chef ou encore Moonlook, le site de vente en ligne d’articles mode inspirés d’Afrique de Nelly Wandji, j’étais sa chargée de communication. Par la suite, en 2014 j’ai intégré en tant que journaliste le Monde où je couvrais des sujets culture ou encore innovation en Afrique. La même année, je lançais mon propre projet, le site « Visiter l’Afrique ». En début 2015, j’ai rejoint le JT Afrique de TV5 où j’officiais les mardis en tant que chroniqueuse.

Visiter l’Afrique est un projet formidable, où en es tu de son développement? Quels sont les projets/étapes à venir?

Merci beaucoup en plus de deux ans, le projet a évolué et se porte bien. Nous sommes toujours en train de développer notre audience anglophone mais ca va. La prochaine étape est idéalement la levée de fonds prévue pour mi 2017 en espérant que notre business model suscite l’intérêt des Ventures Capital ou fonds d’investissement. Sinon, nous préparons un magazine papier pour la fin de l’année autour du voyage et le lifestyle africain (musique, art, gastronomie…)
Nous lancerons aussi pour 2017 4 voyages vers 4 destinations avec chaque fois 15 personnes. Nous pensons à des destinations telles que l’Éthiopie, la Côte d’ivoire ou encore le Malawi. Et si mon équipe et moi avons les moyens, nous éditerons le 1er guide touristique (papier) de Visiterlafrique.com

Tu dis souvent que tu veux changer le monde, quelle pierre souhaites tu apporter à l’édifice? Que souhaiterais tu « changer »?

Oui c’est vrai, c’est quelque chose d’assez fort chez moi. C’est compliqué de dire et/ou d’assumer notre envie de vouloir changer le monde mais avec le temps j’ai appris à le faire. J’ai envie de contribuer à ce que j’appelle le rêve africain. Accompagnée, de ma génération, soutenue par les anciens, j’aimerai créer le rêve africain. Dans mon cas, c’était rentrer au pays, monter ma structure et la développer afin que localement, la jeunesse ne rêve plus d’un eldorado occidental mais crée localement, le sien.

Tu es partie vivre au Cameroun, pourquoi cette envie, ce choix? Une decision difficile?

J’y pensais depuis 4 ans, j’ai eu le temps de mûrir cette idée. Le plus dur peut-être était de laisser une carrière de rêve au sein de grands médias tels que Le Monde et TV5. Deux semaines avant mon départ, j’avais été approchée par France Télévisions. J’ai toujours eu envie de suivre les traces de mon père qui avait fait ses études en France et était rentré apporter son expérience au pays. Je suis dans la même vibe. Je ne voulais plus parler d’Afrique à Paris, critiquer des systèmes sans les vivre, comprendre. Je voulais être une vraie actrice et être concrète. Et j’ai surtout l’intime conviction que l’Afrique ne se fera pas sans les africains. Les personnes qui profitent de cette croissance ne sont pas africaines, le « Africa is rising » n’est que poudre aux yeux. Les vrais problèmes, réalités… sont sur le terrain et non sur les réseaux sociaux.

Quels sont tes projets là-bas?

Monter et développer Omenkart que j’avais déjà ouvert ici à Paris. En faire une agence panafricaine avec 3 bureaux dont les premiers à Douala et Abidjan. Je souhaite créer des marques africaines fortes qui trouveront leur place en Afrique comme en occident.
Développer et dynamiser Visiterlafrique.com pour en faire encore et toujours, la référence du tourisme en Afrique.

Où te vois-tu dans 5 ans?

Je me vois à Douala, mariée, mère de famille, entourée des êtres aimés. Naturellement avec deux entreprises au top de leur forme mais aussi une grande implication au près de l’éducation de nombreuses jeunes filles en Afrique. Je pense ouvrir plus tard, dans 10 ans, une école de leadership pour femmes.

Tu m’as dit une fois que tu étais une grande rêveuse, quel est ton plus grand rêve ?

Mais tellement ! J’ai grandi avec une mère qui me traitait de rêveuse dans un sens péjoratif et je vivais assez mal d’être une rêveuse mais aujourd’hui lorsque j’observe les personnes qui font ce monde, je me rends compte que la majorité sont des rêveurs. Mon plus grand rêve ? Je ne sais pas, je dirai, continuer de faire ce que j’aime et être épanouie. Je suis très sensible à mon bien être, c’est ma priorité.

Si tu devais choisir un livre? Pourquoi?

Amkoullel, l’enfant Peul – Amadou Hampâté Bâ, sans hésitation ou presque. C’est un livre qui m’a énormément appris et apporté spirituellement et intellectuellement. Une de mes citations préférées dans le livre est : « En Afrique traditionnelle, l’individu est inséparable de sa lignée, qui continue de vivre à travers lui et dont il n’est que le prolongement. C’est pourquoi, lorsqu’on veut honorer quelqu’un, on le salue en lançant plusieurs fois non pas son nom personnel (ce que l’on appellerait en Europe le prénom) mais le nom de son clan : « Bâ ! Bâ ! » ou « Diallo ! Diallo ! » ou « Cissé ! Cissé ! » car ce n’est pas un individu isolé que l’on salue, mais, à travers lui, toute la lignée de ses ancêtres. »

Un lieu (pays/ville) qui t’a particulièrement marqué ?

Saint Louis est la ville qui m’a récemment marqué. C’est comme si le temps s’était figé depuis l’époque coloniale. Si vous aimez la photographie comme moi, vous allez vous éclater. Tout est une poésie à Saint Louis. La ville est surtout connue pour son festival de Jazz. C’était la capitale du Sénégal avant Dakar pour la petite histoire.

Une personnalité que tu admires?

Là tout de suite, je pense à quatre femmes : Oprah, Michelle Obama, Shonda Rhimes et évidemment ma mère. Elles représentent ce à quoi j’aspire. Ce sont des femmes remplies de convictions et en phase avec leurs valeurs. Elles osent s’exprimer, prendre des risques et s’assumer telles qu’elles sont. Pour moi, ces femmes sont des rock stars.

Comme un cheveu sur la soupe, on te pose une dernière question axée beauté : dis nous tes 3 indispensables beauté (make up, cheveux, soin peau)?

Sans hésitation, voici mon top 3 du moment :
– Masque au Soja de la marque Madlyn Cazalis, ça me fait une peau nickel.
– Gel Nettoyant de la marque Biolissime
– Mes rouges à lèvres dont le Fashion Legacy ou Ruby woo de MAC.

Tu étais, jadis, une parisienne 🙂 une bonne adresse (ou 2) à nous donner ?

Je le suis toujours. Je viens souvent pour deux, trois jours quand je peux notamment pour le boulot. De nombreuses décisions africaines sont encore validées à Paris. Comme nous sommes en hiver, les filles adorent se faire des tresses, mon unique adresse parisienne est : Beauté Black par Philo au 111 avenue Championet, 75018 Paris. Les coiffeuses sont extra et l’ambiance sucrée.

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Rencontre : Opal Tometi, cofondatrice de #BlackLivesMatter

Elle est la voix d’une révolte, la voix d’une communauté. Accompagnée d’Alicia Garza et Patrisse Cullors, Opal Tometi est la femme à l’origine du mouvement Black Lives Matter (les vies noires comptent). Avec 173 noirs américains tués en 2016 par la police, #BLM est le fruit d’une souffrance sociale profonde. Ce qui n’était qu’un hashtag il y a deux ans prend aujourd’hui une importance grandissante dans le débat public américain. Rencontre avec la femme derrière l’un des mouvements sociaux les plus significatifs de notre époque.

Comment a commencé le mouvement Black Lives Matter (BLM) ?

BLM a commencé essentiellement après la mort de Trayvon Martin et l’acquittement de son meurtrier, Josh Zimmerman. La communauté était furieuse et blessée, non seulement de voir le meurtrier d’un étudiant s’en sortir mais surtout que le monde entier en soit témoin. Après que le verdict ait été prononcé, de nombreuses personnes ont rapidement réagi en postant sur les réseaux sociaux. Une de ces personnes étant Alicia Garza, co-fondatrice de BLM, elle a posté un statut Facebook qui était en quelque sorte une lettre d’amour à notre communauté « Black people. I love you. I love us. Our lives matter, Black Lives Matter ». Puis Patrisse Cullors, une personne que je ne connaissais pas à l’époque a commenté en dessous #BlackLivesMatter.

Qu’est ce qui a conduit à la création de ce mouvement ?

J’ai vu cela un jour ou deux après que cela ait été posté, j’étais en train de faire mon deuil en synergie avec ma communauté, nous protestions notre colère et notre tristesse dans les rues de New York. J’ai ensuite pris contact avec Alicia en lui expliquant que j’aimais énormément l’idée de ce hashtag et qu’on devrait en faire une plateforme de promotion de l’antiracisme noir. Elle ne devait pas seulement servir à l’occasion de crimes et de meurtres à l’encontre des populations noires, mais devait permettre de se faire le relai de nombreux autres problèmes qui impactent nos vies et nos communautés au quotidien. Alicia a tout de suite été d’accord et je me suis immédiatement mise au travail. J’ai choisi les couleurs (jaune et noir), j’ai utilisé Tumblr pour créer un site web, j’ai également créé nos chaines et pages sur les réseaux sociaux et j’ai commencé à networker. J’ai toujours aimé organiser, à l’époque je venais d’être nommée codirectrice de la BAJI (Black Alliance for Just Immigration), la seule organisation nationale pour les droits à l’immigration et à la justice raciale des afro descendants. J’avais donc pas mal de contacts que j’ai utilisés pour rendre notre hashtag « viral », Alicia et Patrisse ont fait de même avec leurs réseaux, ça a été le commencement. Après cela, malheureusement, on a su que BLM allait beaucoup servir, notamment lors de la mort de Michael Brown, tué par Derren Wilson à Ferguson. Il était désarmé, c’était scandaleux et notre communauté a réellement été en deuil. En tant que témoins de ces actes, que protestantes, que membres de cette communauté attaquée, nous avons décidé de mobiliser les gens afin de nous rendre ensemble à Ferguson et de manifester. Darnell Moore et Patisse Collors ont créé ce qu’on a appelé « la BLMFreedom Ride » : 500 personnes noires se sont mobilisées, j’y étais bien évidemment avec certains de mes collègues de BAJI. BLM était devenu comme une « marque », un terme ombrelle que l’on utilisait pour définir toutes nos actions. Après s’être réunis à Ferguson, les gens ont décidé qu’ils ne voulaient plus simplement être connectés virtuellement, ils savaient que Ferguson était le début d’une longue lutte.

Trois femmes sont derrière #BLM, pensez-vous que les femmes tiennent un rôle phare dans ce genre de mouvement ?

Nous sommes trois femmes, mais nous sommes surtout trois personnes ayant travaillé dans les mouvements sociaux pendant plus de 10 ans chacune. Nous avons donc eu l’occasion de réfléchir largement sur les différents problèmes qui traversent notre société. Il faut savoir que les femmes noires ont toujours été leaders dans l’acquisition des droits sociaux.

Quelle est la principale incompréhension de certaines personnes qui répondent au mouvement BLM par le slogan « All lives matter » (*toutes les vies comptent) ?

De base, nous sommes tous d’accord que toutes les vies comptent, mais en réalité, ce n’est pas le cas, nous nous devions donc de créer une plateforme qui saurait rendre visible les combats des noirs américains. L’anti racisme noir est important, pas uniquement aux USA mais partout. Nous habitons certes dans une époque « post-raciale », nous avons certes eu un président noir et des personnalités incroyables comme Oprah etc. Mais les noirs souffrent toujours aux USA. Cela est dû à la pauvreté, au chômage, aux disparités liés à l’accès aux soins ou à l’éducation. Il ne faut pas comprendre Black Lives Matter en contradiction avec All Life Matter, nous n’attaquons personne, nous cherchons juste à nous défendre. Les gens qui pensent comme ça sont tristes et immatures…

Quel rôle ont joué les réseaux sociaux dans l’évolution du mouvement ?

Les réseaux sociaux sont importants pour nous connecter mais nous savons que les personnes qui prennent part aux mouvements sociaux, peu importe l’époque, ont toujours trouvé des moyens de se connecter. L’esprit humain est fort, nous sommes toujours en communication. Avec BLM, nous avons simplement utilisé les moyens de notre époque, il n’y a rien de spécial. Ce qui est important, c’est que nous écrivons le récit selon nos termes contrairement aux médias traditionnels.

Les derniers mois ont été complexes, quels seront vos prochaines actions ?

L’élection de Donald Trump nous prouve que nous faisons un bon travail au sein de BLM. Nos contradicteurs sont énervés car nous avons refusé le statu quo, ils s’organisent donc pour stopper le progrès. Malheureusement, c’est quelque chose de redondant dans l’histoire des USA, à chaque fois qu’il y a du progrès, il y a un contrecoup de la part de l’opposition. Cependant, je crois que nous serons victorieux, que nos communautés deviendront plus organisées que jamais, nous allons tenir bon et nous défendre les uns les autres. Nous ne laisserons pas les crimes et les attaques continuer, nous ne pouvons pas laisser Trump déporter les membres de notre communauté, laisser ses idées sur les musulmans, les femmes triompher. Nous ne retournerons pas à ces temps sombres, nous refuserons. Et je crois que nous réussirons.

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Tête-à-tête avec Laurence Lascari, réalisatrice du film L’ascension

«J’ai voulu inscrire dans l’ADN de la société mes engagements en faveur d’une meilleure représentation de la France cosmopolite d’aujourd’hui»

Qui est Laurence Lascary ?

Je suis une jeune productrice, originaire de Bobigny. J’ai créé la société De l’autre côté du périph’ (DACP) en 2008. Depuis le lancement de DACP, j’ai produit une trentaine de court-métrages, 3 documentaires et un long-métrage.

Comment en êtes-vous venue à créer votre propre société de production ?

J’ai fait coïncider mon désir d’entreprendre avec ma passion pour le cinéma. Plus jeune, je ne connaissais pas bien tous les métiers du cinéma et de l’audiovisuel. Je me suis dirigée vers des études de marketing et de gestion. Et quand j’avais en quelque sorte rempli mon contrat moral vis-à-vis de mes parents, je me suis autorisée à prendre des risques et à aller vers la carrière qui m’attirait. C’est comme ça que j’ai terminé mes études avec un Master II spécialisé dans l’audiovisuel. Ensuite j’ai fait des stages puis décroché mon premier job chez StudioCanal. Je suis également passée par New York où je travaillais pour Unifrance. C’est à New York que j’ai eu le déclic, je n’allais pas attendre 10 ans pour créer ma société. Et je suis rentrée chez moi à Bobigny pour travailler sur mon projet.

Votre société de production DACP a reçu de nombreux prix, qu’est-ce que cela vous a apporté ?

Effectivement, j’ai reçu plusieurs prix liés à mon projet entrepreneurial ou mes engagements. Cela m’a apporté de la visibilité car ces prix sont souvent accompagnés d’une couverture médiatique. Cela m’a aussi donné de la crédibilité vis-à-vis de certains interlocuteurs (banques, partenaires potentiels…). Un prix, c’est aussi une dotation financière, et cela tombe à point nommé quand on est en développement de projets et que cela demande beaucoup d’investissements. Une mention particulière pour le Grand Prix Créatrice d’avenir que j’ai reçu en 2015 alors que j’avançais en toute discrétion sur mon long métrage. J’ai vraiment reçu cette distinction comme une marque de confiance envers moi et l’avenir de DACP.

Pourquoi avoir mis la « diversité » au cœur de vos choix de production?

C’était une évidence. J’ai voulu inscrire dans l’ADN de la société mes engagements en faveur d’une meilleure représentation de la France cosmopolite d’aujourd’hui. Avec DACP, je souhaite aussi banaliser les différences en proposant des histoires qui mettent en avant des personnes issues de « minorités » dans des rôles universels, non stéréotypés. La diversité est présente dans toutes mes productions sans en être le sujet.

Pouvez-vous nous parler du film « L’ascension » avec Ahmed sylla ?

C’est un film adapté du récit autobiographique « Un Tocard du Monde » de Nadir Dendoune. Dans le film on suit le périple de Samy (Ahmed Sylla), qui décide d’aller gravir l’Everest pour prouver son amour à Nadia (Alice Bélaïdi), le hic c’est qu’il n’y connait rien en alpinisme, donc il va rapidement devoir quitter son rôle d’imposteur et se dépasser s’il veut atteindre son objectif.

Comment s’est passé le tournage au Népal ?

Très bien. L’équipe s’est bien adaptée sur place et nous avons travaillé avec un producteur exécutif népalais qui nous a beaucoup aidé. L’équipe a réellement fait le trek jusqu’au camp de base à 5364m. Un sacré défi car quasiment aucun d’entre eux n’était alpiniste. Le film a également mobilisé une vingtaine de Sherpas et une centaine de porteurs. Nous avions également des yacks pour porter le matériel.

Quels ont été les plus gros challenges pour produire ce film ?

Le plus gros challenge a été de garder confiance pendant les cinq années de développement qui se sont écoulées avant que le tournage ne démarre. Il fallait que je reste sereine même quand des portes se refermaient. Le budget du film se classe dans la moyenne du cinéma français, mais arriver avec un projet d’une telle ampleur alors qu’on n’a pas d’historique, ce n’est pas évident. Il fallait tenir financièrement aussi et payer les droits d’adaptation à la maison d’édition, alors que je n’avais pas encore trouvé les partenaires financiers pour m’accompagner dans cette aventure. Mais j’étais déterminée à aller au bout de ce projet et j’ai été soutenue par des personnes bienveillantes de mon entourage. J’ai finalement pu avoir la confiance d’un distributeur important et cela a facilité le reste.

Avez-vous rencontré des difficultés ?

Nous avons tourné à Chamonix les scènes de haute montagne. C’était en mai et nous avions peur de ne pas avoir suffisamment de neige. Finalement non seulement il y a eu de la neige mais aussi des tempêtes qui nous ont contraint de décaler le tournage. Une partie de l’équipe s’est même perdue pendant plusieurs heures au milieu d’une tempête de neige.

Quels sont vos autres projets en cours ?

Je développe le prochain long-métrage qui s’appelle « Sound System » (de Sébastien Tulard) qui nous emmènera dans un univers rural et reggae ! Je travaille aussi sur une collection de court-métrages que nous tournons dans différentes cités de France, avec des talents émergents à la réalisation et les habitants des quartiers qui se prêtent au jeu d’acteur.

Synopsis : «Pour toi, je pourrais gravir l’Everest!» Samy aurait mieux fait de se taire ce jour-là… D’autant que Nadia ne croit pas beaucoup à ses belles paroles. Et pourtant… Par amour pour elle, Samy quitte sa cité HLM et part gravir les mythiques 8848 mètres qui font de l’Everest le Toit du monde. Un départ qui fait vibrer ses copains, puis tout le 9-3 et c’est bientôt la France entière qui suit avec émotion les exploits de ce jeune mec ordinaire mais amoureux. À la clé, un message d’espoir : à chacun d’inventer son avenir, puisque tout est possible.

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La Révolution Chocolat

La Révolution Chocolat

Les marques de luxe semblent de plus en plus friandes d’égéries «ethniques» et plus particulièrement de femmes noires. Le luxe repose sur des mécaniques liées au désir, au plaisir, à l’identification, à l’image, à la sérénité et l’élégance. Lupita Nyongo, Kerry Washington, Rihanna ou encore Jourdan Dunn semblent avoir décrypté ces mécaniques. Mais dans quel contexte ? Que se cache-t-il derrière cette présence accrue de femmes noires dans les industries du paraître et plus précisément celles du luxe ?

Mode et haute couture : les jumelles inversées

Difficile de ne pas comparer l’industrie du luxe avec sa grande sœur, celle de la Haute Couture. La plupart des producteurs dans le domaine du luxe sont des labels ou « imprints » de maison de Haute Couture : Chanel, Yves-Saint-Laurent, Dior, pour en citer quelques-unes. Malgré leurs filiations, l’industrie cosmétique semble avoir pris une avance considérable sur celle de la Haute Couture en termes de visibilité pour les minorités. Pourquoi ? Le pouvoir d’achat. Aujourd’hui, les femmes noires consomment 9 fois plus de produits cosmétiques que les femmes caucasiennes avec une enveloppe d’environ 980 euros par an (Source AK-A).

Un couple noir à la Magistrature Suprême : une révolution culturelle

L’arrivée des Obama à la Maison Blanche est un élément déclencheur pour de nombreuses industries culturelles occidentales. Fruit de la bourgeoisie afro-américaine, les Obama ont marqué par leur élégance mais surtout par leur couleur, et plus précisément celle de Madame. On avait pour la première fois sur le devant de la scène médiatique et politique une femme noire et foncée. L’attention des médias américains se portait alors sur une bourgeoisie noire active et influente avant de graduellement se concentrer sur la force motrice de cette communauté qui est la femme noire. Aux USA les femmes noires sont les plus diplômées, et les plus entreprenantes (Source : National Center for Education Statistics).Inutile de rappeler que les médias anglo-saxons sont les plus influents, et que très rapidement cette mouvance a franchi les frontières américaines pour trouver écho chez nous.

Le luxe, un terrain miné pour les femmes noires ?

Selon le Larousse, le luxe englobe le « caractère de ce qui est coûteux, raffiné, et somptueux ». De nos jours, la femme noire est toujours représentée selon le point de vue de l’homme, et plus particulièrement de celui de l’homme blanc. Elle n’est ni raffinée, ni somptueuse. Elle est « exigeante, rebelle et castratrice ». Un portrait difficile à faire accepter aux marques de luxe qui ne parient généralement que sur des femmes blanches, anglo-saxonnes, à la beauté conventionnelle. En effet, la plupart des égéries de marque de luxe sont des actrices, mais pas n’importe lesquelles. Ne nous faisons pas l’avocat du diable, mais comment les femmes noires pourraient-elles concourir alors qu’elles ne sont pas sacralisées au même titre qu’une Angelina Jolie, une Scarlett Johansson ou une Julia Roberts ? Un fossé immense sépare les femmes noires du monde du luxe, de la Haute Couture et de la cosmétique. Pourquoi ? Car ces corps de l’industrie du paraître reposent sur l’identification, et promouvoir des égéries issues de minorités ethniques, c’est valider la beauté de ces minorités. Valider ces minorités, c’est aller à l’encontre des standards de beauté établis. Voilà donc le fond du problème, voici le fossé que nos ambassadrices peinent à combler, et lorsqu’elles le font, elles sont souvent remises en cause par le système. On se souviendra bien sûr de Viola Davis, taclée par le New York Times car elle n’était pas «classically beautiful» (sa beauté n’est pas jugée conventionnelle) au contraire de Kerry Washigton. L’arrivée de femmes comme Michelle Obama, Shonda Rhimes ou encore Chimamanda Adichie est très importante. Elles ont ouvert des portes et commencent petit à petit à s’approprier le discours qui est tenu sur la femme noire.

Un chemin difficile, mais pas impossible

Un parcours qui est difficile puisqu’en 2013, 83% des mannequins embauchées lors de la Fashion Week étaient blanches, contre 9% d’asiatiques et 6% de noires. Un problème sur lequel Naomi Campbell et Iman ont décidé de se pencher dans le cadre d’une campagne contre le racisme dans l’industrie de la haute couture. Jourdan Dunn avait été remplacée à la dernière minute par Kendall Jenner pour le défilé Victoria’s Secret l’année dernière. On soupçonne Rihanna d’avoir annulé sa performance au show en soutien à Jourdan Dunn. Le mannequin, humilié, s’était adressé en larmes à Naomi Campbell. La super top model britannique est un élément majeur dans la démocratisation de la beauté noire dans l’univers du luxe et de la Haute Couture. Aujourd’hui elle est très « vocale », en ce qui concerne la place de la femme noire dans ces industries, plus précisément dans la haute couture. On se souviendra notamment des échanges houleux qu’elle tenait avec certaines candidates de The Face, sa télé-réalité co-produit par Oxygen.

Rihanna et l’exception culturelle française

Dans le luxe comme la Haute Couture, la France est conservatrice et classique. Très peu impressionné par les femmes noires dans la mode, il aura fallu attendre la tornade Naomi Campbell en 1988 pour que le French Vogue se décide à faire une place à la femme noire dans ce club très privé. En 2015 Rihanna devient la première égérie noire de Dior et beaucoup s’en réjouissent. Mais Black Twitter reste mitigé. Etait-ce une victoire de la femme noire, ou une fois de plus une victoire de la «mulâtresse» à la peau claire et aux yeux verts ? Rihanna est-elle réellement représentative des femmes noires qui consomment du Dior ? Ces « mécontentements » sont la conséquence d’un phénomène global appelé le colorisme. Le colorisme est la petite sœur du racisme. Il s’agit de la classification des hommes et femmes en fonction de leur proximité avec le caucasoïde. On reproche souvent aux médias occidentaux et à l’industrie du luxe, de ne mettre en avant que des femmes ayant la peau claire, le nez fin et d’autres caractéristiques proches du caucasoïde. Ce sujet complexe qu’est l’ambiguïté raciale pose un problème pour certains et les critiques ne finissent de se taire qu’en 2015, lorsqu’une nouvelle étoile d’Hollywood fait son apparition. Lupita Nyongo était lauréate d’un Oscar, noire, africaine et à la peau foncée. De quoi pulvériser le plafond de verre empêchant jusqu’alors les femmes noires d’accéder au sacre suprême.

Lupita Nyongo et Lancôme : une révolution chocolat

Le 25 juin 2014, Lupita Nyongo signe un contrat de plusieurs millions de dollars avec Lancôme, une marque appartenant au groupe L’Oréal. Ses cheveux courts, sa peau foncée et ses lèvres pulpeuses célébrées à plusieurs reprises par le Vogue Magazine n’ont pas gêné Lancôme qui a fait d’elle son ambassadrice. Lupita Nyongo n’est pas une « Jézabel », elle incarne une beauté «brut», «spectaculaire» «incompréhensible». Comme expliqué précédemment, ce bond aurait été impossible pour une femme noire et africaine sans l’appui d’institutions telles qu’Hollywood et ses Oscars, ou encore Vogue, référents en terme de luxe et haute couture.

Les femmes noires consomment en moyenne 9 fois plus de produits cosmétiques que la femme caucasienne. L’industrie du cheveu pour femmes noires représente plus de 700 millions de dollars, sans compter le business des extensions, du e-commerce, du secteur informel. Cet énorme marché est soutenu par des femmes noires, oui. Les femmes noires achètent, et ce n’est plus discutable, il est donc temps que les marques qu’elles soutiennent les prennent en compte au lieu de leur imposer systématiquement une image qui n’est pas la leur.

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